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18/11/2017

Le floue des cabinets ministériels

milquet 3.jpgLes accusations sur Joëlle Milquet ont aujourd’hui le mérite de soulever le voile sur le fonctionnement opaque des cabinets ministériels. Sauf pour un petit nombre de spécialistes politiques, les couloirs du pouvoir sont méconnus. Nous ne voyons que les déclarations des ministres sur les médias ou lors de débats au parlement, en ignorant la puissance d’influence des collaborateurs qui les entourent et leur fournissent le prêt à porter aux tribunes et aux diverses instances institutionnelles.

Des arrêtés royaux décrivent assez vaguement leur rôle et leur composition. Ils sont organisés en cellules stratégiques qui « appuient le ministre pour la préparation et l’évaluation de la politique, dans un objectif d’intégration et de coordination optimales de celle-ci au sein du service public » et en secrétariats chargés de « la fonction de soutien politique à l’égard des membres du gouvernement ». Ils sont composés de membres de personnel d’exécution, de collaborateurs de fond et d’experts. Tous sont nommés et démis par la seule décision du ministre qu’ils assistent. La taille des cabinets varie de 50 à 80 collaborateurs tant au fédéral que dans les entités fédérées. Voilà pour la théorie. La pratique est bien différente.

Nous vivons dans un pays complexe. La Belgique est dirigée par des gouvernements de coalitions. Ces coalitions peuvent parfois être larges et regroupent différents partis traditionnels. Lors de la formation du gouvernement, les partis négocient, souvent laborieusement, l’accord gouvernemental de coalition qui énonce les politiques poursuivies. Les acteurs de cette négociation sont principalement les présidents de partis.

En principe, les ministres sont tenus par cet accord. Pour traduire concrètement celui-ci, ils ont l’apport des administrations  sous leur tutelle. Cette administration doit donc suivre la volonté politique. Mais, alors que la fonction publique est en principe neutre, elle est aussi politisée. Si des directions générales ne sont pas de la couleur ministérielle, elle ne se priveront pas de court-circuiter via divers moyens la volonté de leur « patron ». A côté de celle-ci vient se greffer les cabinets ministériels, dont tout le personnel a la couleur du parti du ministre. L’existence des cabinets interfère dans les relations politico-administratives et renforce la politisation de l’administration. Il s’agit bien dans les faits d’une influence politique sur le processus de recrutement et de promotion des fonctionnaires en vue d’imposer une conception de l’action publique et de garantir des relais partisans puissants dans l’administration. C’est ainsi que vous retrouvez bon nombre de fonctionnaires détachés travaillant dans les cabinets, espérant ainsi une promotion à leur sortie de service ministériel. A côté d’eux, travaillent des « experts » venant du secteur privé.

Bref, dans la pratique, les politiques éprouvent une grande méfiance à l’égard de l’administration en raison de sa politisation et ne font confiance qu’à leur cabinet, chargé de la contrôler.

A côté de ce rôle, les cabinets hébergent aussi tout un personnel de parti à reclasser qui ne traitent aucun dossier important et sont là pour la « publicité » du ministre et pour veiller à l’électorat du ministre et du parti.

Le pavé lancé dans la marre par Milquet devrait rouvrir un débat toujours mis au frigo. Notre système politico-administratif peut-il se passer des cabinets ? Leur suppression est-elle possible ? Dans de nombreux pays c’est l’administration qui joue un rôle prépondérant dans l’entourage des ministres. Pourquoi pas en Belgique ? Il faut en tout cas briser le monopole des cabinets sur le processus décisionnel et les priver de toute forme de clientélisme.

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17/11/2017

La sécurité n'est pas le tout-sécuritaire

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La menace terroriste, encore réelle et toujours aussi sanguinaire, même si évolutive dans ses moyens de frapper, conduit, si nous ne luttons pas à contre-courant d'une grande partie de l'opinion publique, à une « liquidation » ou en tout cas à une forte diminution de nos libertés sans pourtant garantir réellement la sécurité.

A cette menace terroriste vient s’ajouter, bien que  très  différente,  le déchainement violent des dernières émeutes à Bruxelles, . Elle provoque bien des réactions qui vont renforcer le courant sécuritaire déjà engagé. Elles ne sont pas qu’émotionnelles. Elles induisent une demande de propositions pour assurer, à juste titre, la sécurité bafouée de bien des petites gens, comprenant mal ce qui se passe.

Les discours polémiques entre partis de droite et de gauche tentent une récupération électoraliste Il nous faut garder raison et combat. Pas question de céder au laxisme, pas plus que de céder à la tentation de récupérer des luttes des rapports de force qui n’ont rien de contestation de société ou de régime, tels que la casse bruxelloise. Le vandalisme n’est porteur d’aucune valeur. Il mérite d’être combattu avec autorité et fermeté. Je n’y vois aucun problème, sinon la récupération qui peut en être faite. La seule réponse répressive ne peut garantir la non-récidive. Elle conduit inexorablement à un état autoritaire C’est pourtant ce que la NVA, avec la complicité du MR, tente d’établir avec en arrière-pensée et stratégie une politique d'extrême-droite qui mêle arbitraire et pouvoir concentrés par l'Exécutif. La preuve en est faite avec la création d’une police spéciale chargée de surveiller le comportement des étrangers. La marginalisation et le détricotage du judiciaire, via le ministre de la Justice (pourtant CD&V) et celui de l’Intérieur, vont vers un accroissement des pouvoirs des forces de répression (policiers, militaires déployés). Ainsi, la modification de l'équilibre des pouvoirs au seul profit de l'Exécutif (gouvernement) est en route et va droit vers un pouvoir autoritaire. C’est grave, très grave, pour notre démocratie.

Comment faire face ? Comment empêcher cette dérive ? Comment garder la tête froide, son sang-froid, de penser la situation plutôt que de se perdre en invectives en stigmatisant soit des communautés, soit des policiers ? Comment éviter ou faire barrage au désespoir politique de commentaires excessifs, extrémistes ou résignés ? Comment sortir d’une expression qui souvent n’est qu’émotive et qui n’a rien d’une expression politique ni d’une expression responsable ?

Sans doute en évitant des propos outranciers, signes de désespoir, de blessure mais sans grande réflexion. Cela ne peut évidemment suffire. Il nous faut surtout soutenir les voies de sorties positives d'une situation inédite qui risque de durer encore. Il nous faut combattre l’extrémisme de droite, incarné par La NVA et le PP, mais qui sommeille aussi en chacun de nous. La peur et l’émotion sont toujours mauvaises conseillères. Ne suivons pas ceux qui s’en servent politiquement.

Participons à tout mouvement citoyen allant à l’encontre de ce que ces partis de droite veulent nous imposer. Profitons des réseaux sociaux pour écouter, informer et dénoncer. Non, s’il faut bien de l’autorité, cela ne doit pas tourner à un autoritarisme que certains veulent imposer, avec une suite de mesures de surveillance tous azimuts et un système répressif. Il est temps de se dresser dans l'action pour faire face à ce défi qui nous est imposé. Et si ce n’est pas populaire, tant pis. Nous pourrons renverser la vapeur en montrant que c’est la droite qui est populiste !!

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15/11/2017

Les limites du secret professionnel

confess%20installe.jpgUn prêtre risque aujourd’hui d’être poursuivi en justice pour ne point avoir révélé les pensées suicidaires qu'un fidèle lui aurait confiés en « confession ». Rien d’étonnant à voir la remise en cause de ce secret dit sacramentel à une période où la transparence est devenue une vertu capitale dans notre société. Elle est de mise, non seulement dans le domaine public, mais aussi dans la vie privée que l’on dit pourtant protégée par la loi. Le secret professionnel des médecins, des travailleurs sociaux et psys, des avocats n’est plus absolu. Le secret de l'instruction judicaire connaît des failles. Le secret de vivre en concubinage, en cohabitation, etc. est de plus en plus « bafoué ». Celui, par contre, du secret bancaire reste bien protégé !

Les jeunes, dans notre société se laïcisant de plus en plus, ne connaissent plus le confessionnal de notre enfance. Les péchés véniels ou mortels, en référence à la doctrine catholique, sont ignorés et obsolètes. On parle bien plus de culpabilisation. Le recours aux psys a remplacé celui de l’absolution du curé, qui pourtant, elle, était gratuite !

Notre société a pris conscience des couleuvres que l’Eglise nous faisait avaler. Si la peur de la mort subsiste, celle de l’enfer a disparu. On tente bien plus de s’en affranchir par halloween, ses sorcières, le sang que par celui des saints et martyrs torturés pour leur foi ! La radicalisation de la croyance religieuse et ses dérives meurtrières est montrée via le Coran et ses imans. On oublie le paradis chrétien et on rigole des vierges promises au paradis des terroristes.

Pour en revenir à ce contesté secret de confession, nous ne devons pas oublier la capacité évolutive du catholicisme durant les siècles. La « science » théologique a suivi l’évolution des autres, avec il est vrai, souvent quelque retard.

L'institution pénitentielle a subi de profondes transformations, tant dans la société civile que religieuse. La pratique de la confession au sens « moderne » du mot a aussi une longue histoire. Il en va de même pour le secret que doit garder le prêtre et les sanctions graves qui lui étaient appliquées par l’Eglise en cas de violation. Le secret de la confession est le seul à être absolu, selon le code de droit. Ce droit ne souffre pas d’exceptions, sous peine d'excommunication pour celui qui l'enfreint.

Le cas présent de ce prêtre va être intéressant à suivre. Il y aura confrontation entre droit canon et droit pénal. Les affaires de pédophilie révélées depuis les années 1990, ont déjà largement contesté le secret de la confession. Le Code pénal prévoit que des sanctions prévues dans le cas de violation du secret professionnel ne s'appliquent pas dans les situations de sévices sur mineurs. Qu’en sera-t-il ici pour la non-assistance à personne en danger parce qu’elle a avoué son intention suicidaire ? Cette « affaire » est moins anecdotique qu’en apparence. Mais selon moi, elle peut déboucher sur bien autre chose que la simple levée de ce fameux secret de confession. Prudence donc…

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12/11/2017

Un PS repositionné ?

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Dans LLB de samedi, Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique à l’Université de Liège, ancien directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, qui a également opéré comme « expert » au cabinet de Jean-Claude Marcourt, croit au repositionnement du PS. Après s’être empêtré dans une série de scandales révélés à partir de Publifin, l’intellectuel engagé auprès du PS se réjouit de la mise à la porte de son parti du pouvoir par Lutgen. Ce coup bas de l’ardennais a permis, selon lui, un virage à droite permettant au PS de se repositionner à gauche et de se fixer une ligne politique claire.

Le brillant professeur se lance alors dans une analyse historique pertinente sur la confusion entre la gauche et le socialisme : «  La gauche est libérale, elle défend les libertés individuelles (de pensée, de parole, de disposer de son corps, etc.) contre l’ordre et l’autorité. Elle est aussi progressiste, elle défend les Lumières et l’innovation contre l’archaïsme. Le socialisme, lui, est une protestation contre l’exploitation des travailleurs et la décomposition des liens communautaires « noyés dans les eaux glacées du calcul égoïste » (Marx). La gauche c’est Voltaire (éloge de la liberté et des Lumières), le socialisme c’est Rousseau (critique de l’individualisme et du progrès). L’identification du socialisme à la gauche est tardive : c’est l’œuvre de Jaurès lors de l’Affaire Dreyfus ». Et de poser la question : ces 25 dernières années, le PS (toujours au pouvoir) a-t-il été un parti socialiste ou un parti de gauche ? Et de poursuivre : « Entre 1945 et les années 1980, le PS a été le garant d’un Pacte social qui reposait sur trois piliers : des services publics puissants, un droit du travail qui donne des statuts protecteurs aux travailleurs, et un système complet de sécurité sociale (chômage, santé, pensions). Plus de 40 % du PIB ont ainsi été soustraits à la logique marchande pour être affectés à l’émancipation et au bien-être de tous. À partir des années 1980, le néolibéralisme dénonce ce pacte et relance violemment la course aux profits. Dans une première phase (1990-2010), les socialistes tentent de transiger. Ils préservent la Sécu, en acceptant en contrepartie que les services publics soient privatisés, et le droit du travail, démantelé. Le PS compense alors ces concessions sur le terrain du socialisme en engrangeant de formidables victoires sur le terrain de la gauche : avortement, euthanasie, mariage homosexuel, etc.

Avec les crises de 2008 et 2011, le néolibéralisme est entré dans une nouvelle phase, autoritaire. Il s’attaque au cœur de la sécurité sociale, qu’il compense par des formes ultra-sécuritaires de gouvernementalité. Ce qu’on appelle le « populisme » est en fait une alliance « national-libérale » qui triomphe partout, de Trump à Boris Johnson et Macron, des pays scandinaves à l’Autriche, d’Orban à Kaczynski. Chez nous, le « national-libéralisme » a pris la forme de la coalition MR-NV-A, que Lutgen, en bon opportuniste, rêve d’intégrer. Le Pacte de 45 est mort, et avec lui la social-démocratie telle que nous la connaissons ».

A partir de ce constat, écrit-il, « au lieu de s’accrocher à des lambeaux de pouvoir, le PS doit complètement se réinventer. Il ne peut le faire que comme alternative au néolibéralisme. Condition absolue : retrouver ses fondamentaux : la sécurité sociale, les services publics et le droit du travail. Le conflit capital/travail reste central, même pour aborder les enjeux environnementaux. C’est pourquoi abandonner la lutte des classes serait un contresens politique. Tout comme embrasser de fausses bonnes idées de gauche (mais pas socialistes pour un sou) comme l’allocation universelle… ».

Voilà qui me plait. Et de prêcher alors pour ne plus s’allier avec le MR, mais bien avec Ecolo et le PTB. Oui, mais c’est là que le « penseur en chambre » s’écarte de la réalité politique de son parti. Son souhait risque de devenir un vœu pieux. Le PS est loin de l’alternative proposée. Quand un Magnette place sur podium un Prévot avant Hedebouw et ne cesse de traiter de populiste et de « Y a qu’à » le PTB, il y a de quoi s’interroger. La réalité est bien différente de la bulle de la pensée académique et de celle dans laquelle vivent les apparatchiks du PS.

Si Monsieur Delruelle appelle le PS à se rapprocher des mouvements syndicaux, coopératifs, mutualistes, associatifs, ce n’est pas le cas. Trop tard. Cela n’apparait d’ailleurs comme une stratégie de récupération d’un électorat parti au PTB. La vision socialiste du professeur reste très théorique, coupée, comme son PS, de la réalité de terrain. Le leadership de la gauche n’appartient plus au beau verbe des tribuns parlementaires et aux penseurs nantis de dits défendeurs des travailleurs. Finis les Onkelinx, Mathot, Di Rupo, Magnette et consorts. Ce leadership est aux mains des Hedebouw, Gillot et aux militants qui écoutent la rue et vivent avec des salaires qui ne les coupent pas d’une base ouvrière.

J’adhère bien sûr en très grande partie à l’analyse du professeur. Nous verrons vite si la pratique suivra. Les élections communales seront un test intéressant. Selon moi, les vieux réflexes d’alliance opportunistes du PS reprendront vite le dessus, avec encore des alliances avec le MR. L’habit électoral « prolo » des Dardenne, Demeyer, Mathot, et Cie sera vite troqué pour s’unir à la cravate bleue. La philosophie qui n’est point liée à l’action reste intéressante, mais peu transformatrice des systèmes politiques. La refondation du PS ne pourra se faire qu’à très long terme et pas par un simple chantier d’idées ou un simple congrès doctrinaire.

 

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10/11/2017

L'horreur de la référence communiste

Revolution-100-ans-d-Octobre-rouge.jpgAh, l’histoire dite objective, mais à géométrie très variable suivant par qui elle est racontée. Vrai que j’hésite à « vanter » la révolution d’octobre et ses suites. Je ne peux nier toute une page de l'histoire sanglante du communisme. Et, en ce moment de commémoration, la droite ne s’en prive pas et la gauche dite modérée se fait silencieuse. Mais bizarre qu’on ne « pardonne » pas cette page communiste, alors qu’on pardonne à l’Allemagne l’horreur nazi; aux USA celle d’Hiroshima et de Nagasaki ou encore du Vietnam ; à la France ses horreurs en Algérie ;à la Belgique et autres pays colonisateurs les horreurs de leur colonisation et bien d’autres horreurs de l’impérialisme. Bizarre, j’ai dit bizarre ? Tout cela semble ne pas remettre en cause la référence capitaliste… Mais est-ce capitalisme qui a établi la sécurité sociale, la lutte anticoloniale, la résistance. Ça c’est pour il y a un siècle ou moins, mais aujourd’hui, quelle est horreur d’un système de production qui tue par la pollution, maintient les pays anciennement colonisés dans la misère, crée des guerres économiques sous prétexte de démocratie, soutient pour du pétrole des Etats qui bafouent les droits de l’homme, accapare la richesse au profit d'une minorité? Silence sur ce système...

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08/11/2017

Plan hiver SDF

sdf.jpgUn plan hiver pour les SDF, c’est bien. Mais comment dans un pays riche, y-a-t-il encore cette pauvreté qui ne cesse de croitre ? La pauvreté n’est pas un hasard. Croix rouge, Samu social, CPAS, ok : mieux que rien. Collectes, appels à la générosité, c’est bien, mais c’est éphémère et ne résout pas le fond du problème. Un sourire, un bonjour, une petite pièce, c’est chouette, mais le froid au-dedans et au dehors demeure. La solution est POLITIQUE. Se battre pour une autre que celle qui accentue le fossé entre riches et pauvres, c’est nettement mieux . Mais les paumés ne votent pas. Ils ne participent pas à notre fameuse économie de marché, sinon les quelques piécettes dépensées en Cara Pils ou hachich. Ça ne crée que quelques jobs d’assistants sociaux et d’éducateurs souvent gauchistes ou catholiques. Ça favorise quelques vendeurs de sommeil et exploitants de la misère. Et puis les pauvres, c’est le fonds de commerce des œuvres bien-pensantes et des politiques d’assistanat. Chacune a ses pauvres à soi. Les médias s’émeuvent, nous font verser la petite larme émotionnelle qui nous invite à la générosité, mais surtout pas à la révolte ! Et puis finalement, ils n’ont qu’à travailler ces paumés. Les accidents de la vie, j’en ai eu aussi et je m’en suis toujours sorti. Je paie déjà assez de taxes et faudrait pas en rajouter pour ces fainéants irrécupérables. C’est vrai que j’en ai parfois pitié, mais que faire ? Toute façon, ils sont irrécupérables. Et en plus, on y ajoute tous les étrangers. On a déjà assez pauvres chez nous. Puis ils nous volent aussi et comme sanction, ils vont dans nos prisons trois étoiles. Faut pas pousser. Et tous les pauvres honteux, ceux qui se taisent par pudeur, sont-ils aidés ? Moi, je veux bien la répartition de la richesse. C’est vrai que les panama papers c’est scandaleux, mais bon, on ne va pas changer le monde. C’est bien beau le PTB, les communistes et tout ça. Vrai que je suis pour la taxe des millionnaires, mais les rouges ça fait peur aussi. Vous avez vu les boucheries de Staline ? Ok, les temps ont changé, mais quand même. Toute façon, il y aura toujours des riches, des pauvres, des malins et des imbéciles. Puis les syndicats exagèrent aussi. Faut laisser travailler ceux qui le veulent.

Voilà ce que j’entends souvent, dans la rue, chez moi. Je me sens parfois découragé. Mais le « ensemble » m’encourage. Il y a les camas, les amis qui s’engagent. Le curé qui se convertit et veut un autre système que l’aumône. L’ouvrier qui n’a pas peur de perdre partie du salaire pour faire pression sur le patron. Les jeunes qui sont dans la rue pour un autre monde. Alors, je reprends courageusement la route. Je tente par mes petits textes d’ouvrir les esprits, d’expliquer que seul, nous ne pouvons pas faire grand-chose. Je participe comme je peux aux manifs, soutiens mon parti convaincu que changer l’opinion publique par notre solidarité vaut mieux parfois que la piécette donnée aux malheureux SDF !

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07/11/2017

De la justification démocratique

cata10.jpgQu’est-ce que ce mot démocratie ne cesse d’être employé à toutes les sauces. On en remet encore des couches avec la problématique espagnole. On justifie par ce mot le tout et son contraire. Voilà qui prouve peut-être que nous y sommes bien en démocratie car elle sera toujours vouée à une controverse indéfinie sur le juste, l'injuste, le légitime l'illégitime… Un régime démocratique est celui qui permet de nous identifier comme participants à une forme de vie partagée sur des principes normatifs à justifier, à critiquer, à refuser …

L’exemple du conflit entre l’Espagne et la Catalogne est significatif d’une dérive grave du principe de l’agora. Rajoy brise tout dialogue et veut imposer par le terrain juridictionnel ce qu’il n’a pu obtenir sur le terrain électoral en Catalogne. Scandaleusement l’U.E. lui emboîte le pas quand il cautionne la criminalisation des opposants à Madrid. Ceux qui y voit une méthode utilisée de tout temps par toutes les dictatures, par tous les régimes autoritaires, ont raison de le dénoncer. Les Michel, Reynders et Cie qui crient au totalitarisme politique des système communistes, ne se gênent pas d’être complices d’une criminalisation d’un conflit qui devrait ne rester que politique.

Le fondement de la démocratie est bafoué quand on taxe l’opposant de criminel. Quand le droit et la justice deviennent des instruments de pouvoir et non de contre-pouvoir

Il ne nous faudrait pas banaliser cette dérive. Elle se retrouve bien ailleurs que dans l’immédiateté des conflits qui font la Une. C’est le même autoritarisme sournois qui se joue chez ceux qui se disent les champions de la liberté. Les contre-pouvoirs sont visés dans les démocraties européennes. On s’en aperçoit en Belgique, en France où le rôle des syndicats est mis à mal avec l’intention de le réduire  à sa plus simple expression. On crie à la liberté du travail, à la prise en otage, avec le pas supplémentaire de voir des actions syndicales criminalisées.

L’ampleur du problème à partir d’un simple conflit régional est bien celui de la justification démocratique. La droite veut nous imposer un nouveau totalitarisme sous une façade de démocratie. Au-delà du concept, c’est surtout un totalitarisme du Capital. Celui dicté par le profit d’abord des grandes multinationales. Pas étonnant de voir les patrons espagnols contremanifester face aux bourgmestres catalans venus soutenir les indépendantistes. Les guerres civiles sont aujourd’hui des guerres de la communication.

Non, Mister Reynders, il ne s’agit pas d’un problème interne à l’Espagne et encore moins un problème juridictionnel. Ce ne sont pas les autorités judiciaires qui doivent le régler. C’est un problème européen de démocratie.

 

 

 

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05/11/2017

"Le Che à mort"

che à mort.JPGMarcela lacub , auteure du « Le che à mort » était ce samedi chez Ruquier dans ONPC. Interpellant. Perso, j’avais déjà lu des interviews. Voir l'homme, et non pas le mythe est instructif. Je crains cependant que la recherche de cette dame alimente une récupération politique diabolisant le communisme. L’auteure insiste pourtant sur la ridiculité de faire d'Ernesto Che Guevara un djihadiste version communiste. Et pour cause puisque le principe de suicide pour la révolution est totalement étranger à l'idéologie communiste.

Cette précaution prise, le travail documentaire de Marcela lacub semble sérieux et honnête d’autant qu’elle ne prétend pas avoir écrit une biographie du Che. Son approche est bien plus restrictive. Elle s’est essentiellement penchée sur son rapport avec la mort. Un rapport marqué par une sorte d’identification permanente avec des personnages fictifs, littéraires qui aurait entraîné une transformation de celui-ci. Il y a très probablement dans cette analyse psychologique une part de vérité. De là, mais pourquoi pas, à faire du Che un personnage bicéphale, parfois à la limite de la schizophrénie, avec d’un côté Ernesto, de l'autre le Comandante. Nous aurions d’ailleurs tous en nous un côté Docteur Jekyll et M. Hyde.

La construction du personnage du Che devait permettre à Ernesto, ou « Ernestito » comme aimait l'appeler sa tante, de sauver l'honneur de la famille, aristocrates déchus. Rien d’exceptionnel dans cette interprétation. La construction de notre personnalité est marquée par nos souffrances d’enfance. La seule chose qui semblait intéresser le Che aurait été alors la perspective de sa propre gloire. Une gloire vite liée à la mort, et non à la médecine ou à la politique. Thèse confirmée par une lettre adressée à sa mère, dans laquelle il exprimait qu'il rêvait d'être criblé de balles. A partir donc de cette « projection », l’auteure pense que, comme certains terroristes d'aujourd'hui, il a cherché une idéologie en vogue, en l'occurrence le marxisme, à laquelle l'ensemble de l'Amérique latine pouvait se rallier. Cette idéologie porteuse serait alors instrumentalisée par le Che, qui l'utilise à ses propres fins. Par exemple, lorsqu'il s'embarque avec Fidel Castro pour Cuba, un pays dans lequel il n'a jamais mis les pieds et où il est néanmoins prêt à mourir, pour suivre un homme qui n'a alors rien de communiste ! Il voulait faire la guerre, c'est la seule chose qui l'aurait intéressé.

Etonnant alors de voir Le Che, qui rêvait et planifiait sa mort depuis si longtemps, reculer lorsqu'il est capturé : il veut sauver sa vie. Et, selon l’auteure c’est justement ce revirement qui fait la grandeur du Che, son désir final de vivre. Il y a toujours quelque chose en soi qui lutte pour la vie, dit-elle. Et malgré toutes les horreurs dont il est responsable, il y a cette étincelle d'humanité qui subsiste. Il veut vivre. Ce que j'ai voulu montrer dans ce livre, c'est que nous avons tous quelque chose de lui en nous, dit-elle avec raison.

Ce que je retiens en tout cas, de façon plus générale, est que nous devons nous méfier des personnes qui deviennent des personnages et s’y identifient. Etre fan mène souvent au fanatisme et à l’absence du sens critique. Faire une confiance absolue aux leaders est dangereux. Vaut mieux s’attacher aux valeurs idéologiques qu’aux idéologues. Ni Dieu, ni maître, mais solidarité avec les vrais défenseurs de justice sociale, économique, culturelle. Solidarité avec ceux qui défendent une autre répartition de richesses qui passe, si elle veut vraiment s’incarner et réussir, pour moi, par la lutte des classes.

Mais surtout comme chante Brassens : Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente, D'accord, mais de mort lente !

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04/11/2017

Entre soupes froides ou chaudes espagnoles

catalogne.jpgBien difficile de se prononcer sur ce qui se passe  en Espagne. L’historien trouvera les racines du  mouvement séparatiste actuel  dans l'histoire de l'État espagnol. Catalogne, victime du gouvernement central éternel oppresseur. Traumatismes anciens, un peu comme en Flandre, remis en selle par un opportunisme nationaliste repris par divers partis tant de gauche que de droite. Carles Puigdemont est soutenu, si je ne me trompe, par une coalition hétéroclite : le PUC, un parti indépendantiste d'extrême gauche, l'ERC un parti de centre gauche nostalgique de la République et le Parti démocrate européen catalan (PDeCAT), libéral en économie et conservateur sur les sujets de société.

Mais comme toujours, s’il y a le sentiment sans doute réel d’appartenance culturelle, il est aussi question de gros sous. Les progrès de la visibilité de la cause indépendantiste catalane proviendraient aussi de deux associations puissantes : Omnium et l'Assemblée nationale catalane (ANC). Celles-ci ne jouissent pas que des cotisations de ses adhérents. Omnium reçoit des subventions importantes par la Généralité, l’organe exécutif catalan. L’ANC, elle, ne recevrait aucune subvention publique et ses revenus seraient liés à la vente de ‘goodies’ aux couleurs de la Catalogne. Ses comptes restent très flous. Sous couvert de démocratie, d’Etat de droit et toute la panoplie d’arguments de l’intérêt général du peuple en dehors de tout intérêts personnels et de groupes, ces leviers réels d’influence pour ressortir le drapeau catalan ne peuvent être masqués.

Tant les meneurs des partisans de la sécession, que ceux de l’union sont certainement guidés par des motivations bien autres que celles criées dans la rue. Je crois vraiment peu au mouvement de progrès réel que véhicule la cause indépendantiste catalane.

Ce ne sont pas ces « leviers » qui aideront au renversement du capitalisme. Marx écrivait que « La nationalité du travailleur n’est pas française, anglaise, allemande, elle est le travail, le libre esclavage, le trafic de soi-même. Son gouvernement n’est pas français, anglais, allemand, c’est le capital. L’air qu’il respire chez lui n’est pas l’air français, anglais, allemand, c’est l’air des usines. Le sol qui lui appartient n’est pas le sol français, anglais, allemand, c’est quelques pieds sous la terre. »

Il me semble que la gauche pourrait soutenir parfois la légitimité des mouvements indépendantistes que pour autant, comme le disait Lénine, que cette reconnaissance ne tourne pas à l’apologie du nationalisme ; qu’elle se borne strictement à ce qu’il y a de progressif et ne conduise pas à obscurcir la conscience prolétarienne par l’idéologie bourgeoise.

Tant les politiques défendues par Mariano Rajoy que celles de Carles Puigdemont ne sont en mesure d’améliorer le quotidien de la majorité de leurs partisans, ainsi écartés ou distraits des vrais enjeux que sont la justice et l’égalité sociale. Ni l’Etat de droit, ni l’auto-détermination du peuple ne sont en fait le vrai enjeu. C’est ce que je crois, en ne lisant que ce qui en est rapporté par des avis bien différents et sans doute plus compétents que le mien.

Je ne boirai ni les soupes chaudes servies par Puigdemont, ni les froides servies en plus de maniéré violente par Rajoy !

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27/10/2017

Parler de la mort

oneux.jpgLe temps d’Halloween est venu remplacer celui de la Toussaint. Fête folklorique et païenne traditionnelle originaire des Iles Anglos-Celtes, où on se fait peur. On y implique généralement la mort avec ses fantômes, ses maisons hantées, les cimetières, des personnages à tête de citrouille. Cette citrouille qui me fait penser à la superbe chanson de Brel des Marquises : « Ils parlent de la mort, comme tu parles d'un fruit ».

J’ai connu un autre temps, celui d’une génération. Celui où l’on croyait aux ancêtres revivant au ciel. Nous leur rendions hommage en allant fleurir leur tombe après un office religieux qui nous paraissait interminable avec la longue liste des « recommandations » des défunts qui rapportait pas mal au curé. Nous devions accompagner soit mon père et son frère pour l’église d’Oneux ou ma mère, ses sœurs et grand-mère à Chanxhe. Nous préférions accompagner les hommes. Ils ne faisaient qu’accompagner le cortège religieux de l’église au cimetière. Le temps de l’office se passait au petit café en face du clocher qui les rappelait à achever leurs petits pékès blancs et nous les grandes limonades pour le cortège vers le cimetière. A Chanxhe, les femmes étaient plus pieuses ! Mais cette « pénitence » était vite oubliée par la réunion familiale qui en découlait. Nous aimions manger les bonnes tartes au riz, aux fruits avec tous les cousins, tantes et oncles. L’évocation des morts devenait fête. Je n’en avais connu aucun de ma famille jusqu’à l’âge de mes neuf ans. Ma grand-mère paternel, Marie Pasquasy, mourut chez nous. Cela laisse des traces. Ma mère m'avait obligé, en signe d'adieu, de poser une caresse sur un masque blafard de sorcière au grand nez. Le décor macabre du bureau de mon père tapissé de tentures noires et argentées accentuait encore l'angoisse de l'enfant que j’étais. Quelle horreur ! Jamais depuis et jusqu'à aujourd'hui je ne voulus voir et approcher d'autres dépouilles mortelles. La messe de funérailles à Esneux, puis le long cortège des voitures pour rejoindre le caveau familial d'Oneux m'avaient dispensé de l'école. Un jour de congé de plus que les autres, voilà qui comptait ! La tête du curé d'Oneux, sa voix fausse avec sa bouche en forme de son bec –de- lièvre avaient brisé auprès des frères, sœurs, cousins et cousines le sérieux de circonstance. Nous avions eu peine à cacher nos rires, au grand drame de celles et ceux qui ne pardonnent pas aux enfants l'insouciance de la mort. Moins réjouissante la période de deuil "officiel" qui s'en suivit. Plus de musique, plus de cinéma durant, me semble-t-il, un mois. Depuis, c’était surtout le souvenir du curé comique  qui dominait la visite du cimetière à la Toussaint. Une façon de rendre la mort joyeuse !

Les temps ont bien changé. Sans vraie nostalgie, ces souvenirs me reviennent sous le soleil gris et pluvieux du premier novembre. La toussaint avait beau être une fête joyeuse célébrant les grands et petits saints de l’histoire, nous en retenions surtout celui de la fête des morts du lendemain ou succédait directement à la célébration joyeuse  celle très théorique de la tristesse.

Si comme écrivait Cocteau « le vrai tombeau des morts est le cœur des hommes », je regrette parfois l’oubli favorisé par la perte de signes liturgiques, qu’ils soient religieux ou laïques. Les cimetières ne seront bientôt plus que du patrimoine historique. Les chrysanthèmes et pomponettes ne décoreront plus que balcons ou galeries commerçantes. La convivialité des réunions familiales de ce jour se mue en cortège d’enfants en quête de bonbons chez les voisins. C’est bien et j’adhère à cette nouvelle façon de conjurer l’horreur de la mort. Celle qui nous fait tous peur, même en la déguisant. J’ai bien sûr quelques regrets d'un autre temps que les jeunes n’ont pas connu. Et surtout, qui ne voudrait, comme Brel et Gaughin que le temps ne s’immobile comme aux Marquises.? Là où « l'avenir est au hasard, et passent des cocotiers qui écrivent des chants d'amour que les sœurs d'alentour ignorent d'ignorer » et où les pirogues s'en vont, les pirogues s'en viennent et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font. Veux-tu que je dise, gémir n'est pas de mise… »

 

10:37 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |