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25/01/2008

Lettre 274 ( premier deuil)

Photo :  ma grand-mère parternelle.

Cher Ordi,

 

Ta mémoire est immense. Un clic suffit pour atteindre une masse de données. Et bien moi, ces derniers temps, sans trop savoir ni vouloir pousser sur les clics du passé, il me revient par petites bribes éparses. Hier, c’était ce sirop d’érable et dans mon rêve de cette nuit, j’ai revu ma grand-mère paternelle.

C’est le premier deuil de ma vie d’enfant. Je devais avoir 7 ans. Première confrontation directe avec la mort d’un proche.

Je n’aimais cette grand-mère, la trouvais laide comme une sorcière. Elle ne m’avait jamais porté véritable affection. Elle avait toujours gardé une distance toute aristocratique et froide.

Elle était venue habiter chez mes parents pour vivre ses dernières années dans une chambre dont je ne retiens que des odeurs d’urine. Parfois je lui portais son plateau de repas, le déposais près de son lit, content de point soutenir longtemps son regard.

Je me souviens de ce jour d’école où mon frère est venu me chercher à midi en m’annonçant sa mort. Je me souviens de cette horrible chambre mortuaire dressée dans le bureau de mon père. De tous ces draps noirs ornés de broderies religieuses argentées, de ce grand crucifix de cuivre aux pieds de sa dépouille.  Il futt placé aussi près du buis avec eau bénite de chaque défunt dans ma famille. J’en ai hérité et il est dans ma cave. Etrange d'ailleurs, moi qui ai liquidé tout ce qui était meubles et bibelots de famille.

Elle me faisait encore plus peur avec ses mains croisées sur un chapelet de nacre, exposée là aux regards de la famille et d’amis qui défilaient pour venir présenter leurs condoléances.

Je n’ai vu ni mon père, ni ma mère pleurer.

Je n’ai alors retenu que ce qui me plaisait : le congé scolaire, la bandelette de feutre noire que j’allais porté sur mon petit loden beige et qui me distinguerait ainsi des autres petits copains.

Mais j’ai retenu aussi la privation de cinéma, de radio que, durant la période de deuil, je n’allais plus voir ou entendre.

Quelle époque ! Ceux de ma génération ont certainement connu toute cette liturgie désuète aux yeux du gosse que j’étais.

Je n’ai jamais connus mes grands-pères et je les imagine plus chaleureux et plus aimants que mes grands-mères. On idéalise toujours ce que nous ne connaissons pas.

Je ne sais pourquoi cette grand-mère revenait ainsi dans ma mémoire. Etait-ce parce que ma fille m’avait confié la sensibilité de ma petite fille face à la mort du père d’une de ses petites copines ?

Ah, cher ordi, notre mémoire n’a rien de comparable avec la tienne. Elle avive ou efface certainement nos divers traumatismes. Je la voudrais sélective. Je voudrais ne cliquer que sur les nombreux moments heureux qu’elle a enregistrés et lui barrer à jamais les touches des instants où je n’ai pas aimé et n’ai pas été aimé.

Mik.

18:11 Écrit par mik dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Commentaires

Halala Papy Chéri comme je voudrais aussi qu'elle efface ce qui me fait mal mais et c'est sans doute le plus important , le meilleur est bien plus présent
T'embrasse

Écrit par : Ange | 25/01/2008

Ah notre mémoire sélective ... mais il faut se servir des moments douloureux pour aussi avancer et apprécier encore plus les moments de bonheur.
bisous et à très bientôt ;)

Écrit par : petit peps | 26/01/2008

je viens te souhaiter un bon week-end eh ben quelle grand mère et quel souvenirs qui l'accompagnent. ça n'a pas du être facile pour toi.Normalement des grands parents c'est plus doux et encore plus gentils et disponible que des parents, normalement.

Écrit par : rita | 26/01/2008

coucouuu j'ai pas de souvenirs just que ma mère m'a raconté quand un de ses oncles est mort ,il s'est suicidé et parait que c'est moi qui l'ai trouvé ,pendu dans le grenier ,mais pour moi c'était un jeu ,on cherchait après le tonton
...parait aussi que quand il était allongé sur le fameux lit de mort comme tu expliques ,j'ai escaladé le lit,suis allée l'examiner de près et je lui faisais des doudouces sur sa joue ,pour moi c'était comme si il s'était endormi pour toujours...genre la belle au bois dormant qui va dormir 100ans ;)
bon we Mik :)
kissssssss

Écrit par : bio | 26/01/2008

Bonjour, Je me souveins de ce temps de privation, que je frondais volontier ... pas toujours un modèle la Soledad...LOL
Mais heureusement on a démystifié la mort, c'est un grand bien et je crois que ça permet à chacun de mieux vivre son deuil.
Par contre, moi je ne rêve pas de ma grand mère terrorisante...On a parfois enfant de drôle de sensation, mais elles ne sont pas toujours fausses.
bisous

Écrit par : Soledad | 26/01/2008

Je n'ai connu ni grand-père ni grand-mère, et je pense que cela m'a manqué. J'aurais aimée être prise sur des genoux, j'aurais aimé entendre des histoires de l'ancien temps, j'aurais aimé,...Le premier mort que j'ai vu, fut mon père, j'avais 10 ans. Les pompes funèbres, le cérémonial, l'église, les yeux secs, le coeur sec aussi, la délivrance, les larmes contenues pour ma mère seulement. Que tout cela est loin et bien enfoui au fond de ma mémoire.

Écrit par : manureva | 27/01/2008

un grand merci pour cete agréable après-midi et ce délicieux diner.
gros bisous

Écrit par : tes invités de ce dimanche | 27/01/2008

Parents Pour moi, c'est ma grand-mère qui m'a élévée.
Alors ton post me fais revenir pas mal de vieux souvenirs personnels !
Bon dimanche :-)

Écrit par : Loulou | 27/01/2008

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