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27/03/2014

Les classes sociales.

classes sociales.jpgPour autant que je me souvienne, la notion de classes sociales m'est apparue très vaguement durant mon enfance. Elle s'incarnait, non dans un discours théorique, mais dans des interdits pratiques. Ainsi, mes parents m'interdisaient de fréquenter d'autres enfants. Ceux qui fréquentaient l'école communale. Interdiction aussi de fréquenter des familles où la coopérative socialiste servait le pain. Interdiction d'aller aux cinémas du village autre que celui du cercle catholique. J'entendais alors que tous ces gens aux pratiques contraires à celles de la famille étaient désignés comme " basse classe". Ce terme était donc bien trop abstrait pour mon tout jeune cerveau qui comprenait mieux ce qu'était une basse- cour avec ses poules et canards!

Ado contestataire, j'avais mieux compris et je bravais allégrement les interdits. Non sans une certaine fierté d'avoir un abonnement de première classe pour suivre les cours chez les bons pères jésuites, je franchissais aisément le wagon de luxe pour rejoindre les banquettes de bois. Je trouvais les copains interdits beaucoup plus sympas et les films "osés" plus excitants que les "dix commandements" ou "quo vadis". Le pain de la coopérative devait être aussi bon que celui acheté chez le boulanger catho.

Il m'a fallu un long parcours pour me désintoxiquer de cette éducation visant à maintenir et si possible à gravir les échelons sociaux.

Il m'a fallu longtemps pour comprendre que mon fort attachement à la religion et à l'Eglise avait été conditionné, non pas tellement par la peur de l'enfer, mais par un sentiment d'appartenance à une classe sociale "privilégiée". Il m'a fallu très longtemps pour comprendre que la bravade des interdits ne suffisait pas à forger une conviction profonde. Il m'a fallu beaucoup de temps pour renoncer à l'enseignement et à la pratique d'une charité chrétienne et passer à la conviction et la pratique d'une solidarité       juste et équitable. Il m'a fallu du temps pour comprendre la caricature anticléricale en vogue durant ma jeunesse du "A bas la calotte et les calotins"!

L'aliénation de l'homme par la religion est heureusement aujourd'hui en décroissance dans nos pays occidentaux. L'illusion du paradis a disparu. Cette aliénation religieuse n'était pas due au simple désir spirituel. Elle se dictait et se propageait par une organisation sociale et dominante. L'Eglise n'était l'alliée que des pouvoirs économiques aux mains des possédants. Son rôle, soutenu par la classe dominante, n'a faibli que grâce à une mobilisation de la classe ouvrière voulant se libérer du joug d'une idéologie spirituelle qui n'était en fait que prétexte à maintenir les inégalités sociales. C'était cela le " à bas la calotte"!

Nous ne devons jamais oublié que les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante.

Ce cap étant franchi, il me faut bien avouer que l'idée dominante de notre société actuelle ne vaut probablement pas mieux. Au conditionnement religieux a succédé celui du bonheur par la consommation. Les images sulpiciennes de mon enfance ont été remplacées par celles du consumérisme qui, au lieu d'entrainer vers une fausse sainteté, nous illusionnent sur des croyances aussi débiles que de croire  que la pommade antiride nous empêchera de vieillir et de mourir. De croire que le tout dernier gadget technologique nous rendra heureux.

Aimons-nous donc à être dupés? Nous sommes face à une tromperie énorme que nous savons être, et pourtant nous prenons plaisir à croire à ce mensonge. La publicité nous prend pour des cons. Elle s'adresse à l'animal qui est en l'homme. Nous le savons tous, nous le sentons tous, et pourtant elle marche quand même.

marx.jpgEtonnant sans l'être. C'est sans aucun doute parce que notre histoire, comme celle de mon enfance évoquée, est une histoire uniquement déterminée par des conditions "matérielles" sociales et économiques. Marx avait bien raison de l'avoir vue sous cet angle éclairant et toujours actuel.

08:14 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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