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03/06/2014

Pornographie criminelle

 

Mehdi Nemmouche.pngLa tuerie sauvage et inhumaine au musée juif nous interpelle tous. Comment ne pas avoir honte de constater que notre société dans son organisation n'est pas en mesure d'éviter l'existence d'un pareil monstre, d'une pareille épave humaine?

 

Face à telles situations, nos autorités ne cessent de nous gaver de discours sur l'insécurité et un renforcement d'une politique policière mieux coordonnée. Très bien, mais constatons que le risque zéro n'existera jamais et qu'il y aura toujours, comme ce Mehdi Nemmouche, des criminels qui passeront entre les mailles d'un filet, aussi bien tendues soient-elles.  

Ce qui me frappe, moi, c'est le parcours de cet homme, la radicalisation religieuse dans laquelle tombent des jeunes, capables alors, par un fanatisme exacerbé, de commettre de telles boucheries au nom d'un dieu et d'une religion. 

Le passé de ce criminel révèle aussi toute la cruauté d'un parcours sans amour, sans références sociales qui fait d'un homme, dit civilisé, un monstre.  

La politique actuelle qui se fait de plus en sécuritaire et qui affirme que la répression à partir de la plus petite incivilité doit être lourdement sanctionnée me pose question.  

A bien y regarder et à contre-courant du discours ambiant, c’est moins la criminalité qui a changé ces dernières années que le regard que politiques et journalistes, en tant que porte-voix des intérêts dominants, portent sur la délinquance de rue et sur les populations censées l’alimenter.  

Mehdi Nemmouche figure parmi les jeunes de milieux populaires issus de l’immigration maghrébine, parqués dans les cités périphériques, plaies béantes que nos politiques de ville ne parviennent pas à cautériser. Dans ce cas, comme bien d'autres, nous devons bien constater que le recours-réflexe à l’incarcération pour juguler les désordres urbains est un remède qui, dans bien des cas, ne fait qu’aggraver le mal qu’il est censé guérir. La radicalisation de ce jeune s'est bien faite en prison. Ce lieu sensé punir et favoriser le retour sur le chemin de l'honnêteté n'a fait qu'aggraver la coupure de la vie sociale. Sans espoir de guérison par ce type de prise en charge, quoi d'étonnant alors que la médecine religieuse et fanatique fasse des émules qui trouvent en elle réponse à une violence transcendée par un idéal de guerre "juste" martelé dans leur esprit en quête de références sociales. 

Un renforcement de la sécurité, des aéroports et frontières mieux contrôlés, des fichages mieux ciblés, ne sont à mes yeux que des miroirs aux alouettes lancés pour rassurer une population en émoi. Cela restera, même si utile, toujours insuffisant. 

La répression générale, de plus en plus à la mode et qui frappe en premier lieu les couches les plus défavorisées, ne règlera aucun problème de sécurité, mais au contraire, est en train de devenir un instrument de paupérisation et de marginalisation. Cet instrument qui alors étonne quand il se transforme en bombe meurtrière.  

Sans nier la réalité de la criminalité, y compris extrême, comme nous venons de la vivre, et la nécessité de lui donner une réponse pénale, il faut aussi penser dans le même temps à d'autres types de réponses que nous n'entendons pas dans une politique de droite. 

La précarisation matérielle, familiale, scolaire, sanitaire, et même mentale s'accroit de plus en plus. Les chiffres sur l'augmentation de cette précarité le prouvent. Une lutte sans répit pour vivre au jour le jour, sans vrai avenir, ne peut que favoriser la dérive de rechercher un ailleurs, y compris de violence, comme but de vie, voire de mort.  

Au discours de ce jour qui nous gave de discours apocalyptiques, il est temps de reprendre un débat rationnel, autre que celui d'une aide militaire de paras pour assurer la sécurité dans une ville. Il faut sortir de l'émotion journalistique dont s'empare si bien nos politiciens. 

C'est le moment ou jamais puisque nos responsables tentent de former nos gouvernements. A eux, mais aussi à nous, d'exiger une politique intelligente sur l'insécurité criminelle. A eux et à nous de ne pas nous enfermer dans cette espèce de pornographie du crime qui ne fait que faire monter la peur et l'émotion sans rien résoudre. Ne tombons pas dans le panneau d'appeler  une espèce d'autorité virile de nos décideurs politiques. Exigeons d'eux qu'ils s'attaquent autant aux malversations boursières et aux infractions du code du travail ou des impôts qu'aux petits vols et petites incivilités. Exigeons d'eux une autre politique sociale que celle de l'austérité qu'ils nous imposent. C'est aussi elle qui creuse le nid de la délinquance et fait espérer de trouver dans la violence et le fanatisme un but de vie. Le meilleur bouclier contre la délinquance et la criminalité est la justice sociale.

 

 

 

 

 

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