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10/01/2015

L'émotionnel est mauvais conseiller

émotion3.jpgOn ne peut que saluer les manifestations qui rassemblent des millions de citoyens pour soutenir la liberté de la presse et rendre hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Ce qui touche notre voisin, notre culture, nous concerne plus que ce qui se passe loin de chez nous. Ce qui est vrai en ce qui concerne la vie personnelle l'est aussi pour la vie collective.  Les 19 personnes qui viennent de périr lorsqu'une bombe fixée sur une fillette d'une dizaine d'années a explosé dans un marché bondé de Maiduguri, grande ville du nord-est du Nigeria ne fera pas le buzz et encore moins déplacer des citoyens.

La violence des armes, le sang qui coule, font aussi partie d'une sensibilité mieux relayée que la violence des exclusions de chômage, des jeunes laissés à la rue, du manque de place dans les crèches, du manque de moyens accordés aux institutions sociales, de la personne qui ne sait plus se soigner, etc. Non que tout cela ne nous touche pas, mais parce que nous sentons moins par eux une menace d'insécurité. Quand on voit le parcours des bourreaux, belges ou étrangers, parmi les facteurs de leur violence, celui de leur abandon par la société est pourtant important.

Moins émotionnels, sinon par un sentiment de charité éphémère, comme lors des hivers pour les sdf, ou les enfants de pauvres, l'injustice distributive des richesses entre les citoyens est remisée sans buzz dans la case politique, vaguement consultée, sinon lors d'anecdotiques shows de passation d'armes verbales, qui heureusement n'ont rien d'une kalachnikov.  

Les grandes émotions collectives sont très éphémères. Au The Voice de Charlie succède vite celui de TF1qui draguera plus de monde encore devant des petits écrans que celui des manifestations. La page du drame sera vite tournée par une autre actualité, violente ou non, et nous réinstallera dans le confort de nos pantoufles.

L'émotion engendre peu d'engagement. La sidération populaire née de l'attentat à Charlie Hebdo ne fera, sans doute, que confirmer une société égoïste et individualiste, se déchirant encore un peu plus par une islamophobie renforcée. La dignité de tous ceux qui se sont levés face à l'horreur s'estompera vite. Le ciment qui a rapproché les citoyens risque de se transformer en béton de séparation entre ceux qui sont de "chez-nous" et les autres.

Plus grave peut-être encore, le sursaut de citoyenneté, va laisser place à de sombres manœuvres politiciennes. Était-il utile de voir dans le cortège de demain, décidé autour des tables de gens super protégés, des chefs d'Etat, qui au fond, sont aussi créateurs d'une violence plus subtil et moins visible, commise au nom du bien commun?

Mes propos sont évidemment bien autres que ceux que vous entendrez dans les grands médias qui, audience oblige, font la part belle aux bons sentiments et au sensationnalisme d'images pourtant insoutenables.

Ne nous laissons pas entrainer dans un simple sentiment passager. Il vaudrait mieux que notre peine à la fois personnelle et affective se prolonge dans un engagement plus politique, plus social via des tas de mouvements, d'associations qui ,une fois la fin des cortèges, seront encore présentes pour lutter contre toutes les formes d' injustices, sources d'une violence que nous voulons combattre. N'oublions  surtout  pas que la meilleure arme contre la violence est celle qui combat l'ignorance, le fanatisme de la pensée et ouvre l'esprit autant que le cœur.

 

19:26 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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