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13/01/2015

Le succès trompe-l'oeil du "je suis Charlie"

je suis.pngSans vouloir être briseur de rêve, il me semble que la belle unanimité autour de l'émotionnel slogan "je suis Charlie" risque bien d'être contre-productive. Ne nous y trompons pas, ce "je" n'est pas un "nous". Il masque bien des individualités, des sens très différents.  Les nobles sentiments peuvent parfois avoir des conséquences dramatiques. Ne dit-on pas avec justesse que l'enfer est pavé de bonnes intentions. L'actuel combat pour lutter contre le terrorisme risque bien de généraliser un sentiment, conscient ou non, de racisme et d'islamophobie qui aura comme conséquence désastreuse 'une radicalisation encore plus forte des adeptes de "guerre sainte".

Les instrumentalisations politiques du grand et noble sentiment populaire pourraient donner naissance à des mesures, qui de manière sournoise et subtile, nous placeraient dans une posture contraire à celle que nous défendons. Après l'émotion, forçons-nous à la réflexion.

Quelles sont les causes réelles de la formation des groupes djihadistes? Sont-elles seulement religieuses, selon ce qui est presque exclusivement communiqué par les principaux médias?

Un simple petit rappel historique peut ramener notre mémoire à la réalité du départ de toutes les guerres. Elles se sont toutes légitimées sur base de mobiles tels que la défense de la démocratie, de la justice, de la liberté, alors que la réalité voulait qu'elles n'existent que pour des motifs d'intérêts économiques et du profit de grands industriels. L'envie des grandes nations et de leurs petits alliés est, sous un libellé de grands idéaux, de simplement s'emparer des riches matières premières et de la main d'œuvre bon marché de pays, aujourd'hui plus que jamais en quête d'émancipation économique et de commerce équitable.

Le « danger islamiste » est à analyser dans ce rapport de forces. La volonté de contrôle des richesses pétro-gazières au Proche et Moyen-Orient créent des alliances géostratégiques, avec en tête les deux ténors que sont les USA et la Russie, avec une montée en puissance de la Chine. USA et Europe voient évidemment en Israël un allié utile qui par sa situation géographique, facilite un contrôle sur les richesses du golfe.

A ces vastes facteurs, s'ajoutent ceux liés à notre fragilité économique, dénommée crise. La pauvreté accrue de la classe populaire, dictée par la protection du grand capital, fomente la division de celle-ci et acerbe son sentiment raciste, principalement anti musulman, au vu de leur nombre croissant et d'une intégration plus lente due souvent à un attachement et une tradition d'endogamie (mariage entre eux).

La lutte contre la haine n'est donc point seulement une affaire de bons sentiments. La lutte contre le terrorisme n'est pas qu'une affaire d'armes. Lutter contre la haine c'est principalement lutter contre ce qui la crée. "Ventre affamé n'a pas d'oreille". L'injustice sociale crée la colère et la violence. Ne nous trompons pas de cible. Celle qui en train de désigner les musulmans est stérile et dangereuse. Bien au contraire, elle risque de donner raison à une radicalisation d'une large frange d'entre eux. Leur marginalisation est plus dangereuse que l'intégration, synonyme souvent d'assimilation, que nous souhaiterions.

Le clivage qu'est en train de favoriser la majorité de la classe politique et des médias va nous mener, par une division de la classe populaire, à une catastrophe. Sous couvert d'une unité nationale autour de grands idéaux, il sera plus facile de nous faire avaler les mesures injustes d'austérité.

Il est temps d'en revenir plus que jamais  à une unité et une  solidarité autour de thèmes autres que le racisme et l'islamophobie. La lutte contre le terrorisme inclut un nouvel ordre mondial tourné vers une répartition plus juste des richesses, y compris dans notre Europe et notre pays, autant que celui de lutte pour stopper l'escalade des nouvelles guerres impérialistes.

A notre petit niveau, il nous faut dépasser l'émotionnel et mieux analyser les racines du mal qui ne sont pas celles dont on nous rabâche les oreilles. Il nous faut commencer par exiger chez nous une autre politique que celle qui favorise et unit les nantis et l'actionnaire, alors qu'elle divise la classe moyenne et ouvrière.

Faute de cela, nous risquerions de penser " qu'une bonne guerre ferait du bien" spécialement à notre économie et à la conservation de nos "valeurs". Nous verrions alors nos enfants devenir de la chair à canon, telle que dénoncée chez les terroristes, parce que manipulés par les seigneurs de la production et les grands orateurs politiques ou religieux.

 

 

09:56 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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