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19/01/2015

Religions et capitalisme

spritulaité.jpgL'Islam, pas plus que le christianisme dans ses différentes composantes ecclésiales, ne condamne ni la propriété privée des moyens de production et d'échange, ni la liberté du marché, ni du salariat. A l'image du catholicisme, cette religion ne propose donc pas une alternative politique ou sociale au capitalisme. Ce qu'il propose relève de la morale et du spirituel. Mais ce qui relève de cela devient, à mes yeux, si pas une question purement politique au sens étroit du terme, du moins une question civilisationnelle et donc éminemment politique, dans son sens de "vie et gestion" de la cité. Comment ne pas y voir dès lors matière à conflits entre une civilisation occidentale devenue de plus en plus laïque et une civilisation islamique restant sur de fortes valeurs religieuses?

N'oublions pas que le mot religion vient de "religare", relier. Elle est vue comme reliant l'homme à son Dieu. Là nous sommes bien dans la sphère privée et non politique. Mais, elle est aussi dans ce qui relie les hommes entre eux en les reliant à Dieu. Là, nous touchons bien à la sphère publique, politique. Si nous poussions ce sens de "relier", nous pourrions aussi dire que ce qui relie les athées dans leur croyance à un non Dieu est aussi une religion!

Agnostique et sans nostalgie religieuse (si ce n'est pour ce qui de sa musique et parfois sa liturgie, comme patrimoine culturel ou folklorique), je constate que ce qui est "lien" entre les hommes dans nos sociétés s'est fortement estompé. Une charte des droits de l'homme n'a jamais eu la même force "unioniste" que des textes sacrés.  La mort "sociale" de Dieu a laissé un vide. Vide souvent comblé par des "valeurs" individualistes et de consommation. On se retrouve  bien plus au supermarché que dans les églises!

Voilà qui ne serait pas grave, bien au contraire, si la perte de la religion, ne nous amenait à la perte du "spirituel". Entendez perte de l'esprit. N'avoir comme valeur que ce que nous apporte le capitalisme, c’est-à-dire le profit et rien que le profit, avec comme paradis un maximum de biens matériels et de fric, semble heureusement insuffisant pour la grande majorité d'entre nous. Vivre son seul "bonheur" et épanouissement sans une référence altruiste l'est aussi.

Le réveil de valeurs comme la liberté d'expression, le droit à la différence et tout un magma de valeurs souvent floues et contradictoires revendiquées par les manifestations suite à la tragédie des attentats de ces derniers jours me fait poser, avec un peu de recul,  une question de fond trop peu soulevée. Celle d'une société "sans dieu" en perte de spiritualité confrontée à une culture où le dieu est devenu ou resté tellement présent qu'elle en devenue fanatique, aveugle et violente. D'un côté, il y a un vide et de l'autre un trop plein. Les manipulateurs de ce vide ou de ce plein en tirent bien des profits que nous semblons négliger ou ignorer.

"Si Dieu n'existait pas, tout est permis" faisait dire à un de ses personnages, Dostoïevski. Faux, car quand il existe trop, il permet même de tuer.   

Il nous appartient de recréer d'autres liens. De créer une spiritualité et une éthique nouvelles capables de juguler le fanatisme religieux.

Nous n'y arriverons que par l'éducation, l'enseignement et la formation; que par l'éveil de l'esprit. Nous n'y arriverons que par des revendications d'un enseignement plus ouvert réellement à tous, et non inégalitaire, tel que nous le connaissons actuellement. Nous n'y arriverons qu'en ouvrant nous-mêmes nos esprits. Nous n'y arriverons qu'en rejetant des systèmes politiques, comme le capitalisme et le néolibéralisme, auteurs des mêmes guerres que des régimes religieux.

Nous avons besoin de combler le vide de Dieu autant que de vider son trop plein. Nous ne le ferons qu'en réinventant des liens nouveaux. Sans solidarité nous courons au suicide personnel et collectif.  Il n'y a pas que l'Islam qui doit se remettre en question. Nous devons aussi le faire.

12:56 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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