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23/05/2015

Petit journal d'un agnostique au monastère(5). Fin du séjour.

santa rosa choeur.jpgMon séjour au monastère touche à sa fin. Demain soir, ce sera le départ en car pour Porto Alegre (430 kms), puis à midi, le décollage pour Rio de Janeiro (2h), où avec mon ami, nous passerons 2 jours avant le retour pour Paris. Malgré mes 3 jours d’état grippal, j’aurai bien profité de cette semaine. Temps magnifique et ensoleillé d’un automne brésilien régnant sur une nature luxuriante où palmiers, bananiers, orangers, figuiers côtoient une série variées de conifères et d’arbustes fleuris. Et puis, surtout le climat paisible et recueilli d’une vie monastique  en dehors de tout le stress et des contingences d’une société moderne où tout doit aller vite. Un recul qui permet de retrouver des valeurs essentielles de l’humain, en dehors d’une course à la consommation. Nous pouvons découvrir ici que le moine est « hors » du monde, tout en y étant. C’est un homme qui prie, médite beaucoup mais qui travaille aussi. Un équilibre entre travail manuel et intellectuel. Il faut faire vivre la communauté. Les moines, bien qu’aidés par de la main d’œuvre extérieure, participent à la culture des champs (essentiellement du soja), ils entretiennent les vastes bâtiments et  spécialement l’hostellerie de 50 chambres, avec toute l’intendance que cela demande (linge, repas, etc.). Ils  assurent le commerce de leur petite boutique d’objets religieux, cultivent leur potager. Les jeunes novices reçoivent des cours de philosophie, de théologie, de psychologie, de spiritualité, préparés par les anciens ou par des novices ou jeunes moines,  ayant déjà une formation universitaire avant leur entrée au monastère. Leur vie n’a donc rien de celle de « planqués ». Les journées sont bien remplies, mais se déroulent toujours dans le calme et la sérénité, rythmées et entrecoupées d’offices psalmodiés et de la messe. J’ai de l’admiration pour la ténacité du prieur fondateur qui est un ami depuis plus 55 ans. Il a réussi à mettre en pratique ses convictions monastiques après un parcours de vie bénédictine qui ne l’a pas toujours épargné et compris. Ses choix sont aujourd’hui partagés par 17 frères dont l’attachement et le respect à leur prieur sont très perceptibles. Il y a évidemment un flux d’entrées et de sorties. Je n’ai plus vu certaines têtes d’il y a 5 ans, lors de ma dernière visite, mais il y en a de nouvelles. Il n’y a donc aucune garantie de pérennité de sa « fondation », même si la religion ici au Brésil ne connait pas la crise et la désaffection de l’Europe. Bien qu’agnostique, je trouve ici, comme bien d’autres, un lieu de recul bien utile. La « communauté humaine » trouve ici une forme de microcosme intéressant de vie collective. Quelque soient d’ailleurs les époques, il importe à mes yeux que des hommes et des femmes manifestent, d’une façon ou d’une autre, un lien qui excède nos seules possibilités personnelles ou sociales, dites « naturelles » . Ici, les droits de l’homme sont aussi ses droits à l’infini. Ce qui peut nous paraitre inhumain dans cette vie monastique austère et ascétique est source de créativité, de paix, de partage, grâce à une symbolique  toute liturgique et un style de vie qui n’a rien d’héroïque, mais où les actions humaines sont guidées par un dispositif qui leur offrent un plus.

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