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15/10/2017

Le jeune Karl Marx

Le-Jeune-Karl-Marx-la-critique.jpgDans la petite salle du Churchill, presque pleine malgré une soirée d’été, j’ai enfin pu voir ce film. Je n’en suis pas sorti déçu, mais pas non plus « emballé ». Pas facile de suivre la boussole du réalisateur qui s’amiante tantôt sur la politique, tantôt sur l’intrigue individuelle. Mais c’est peut-être ce mélange qui apporte au film une incarnation subtile du combat des idées et des stratégies politiques qui animent les personnages. Le combat mené par Karl Marx, Friedrich Engels, Joseph Proudhon, Wilhelm Weitling, Mikhaïl Bakounine ou Gustave Courbet, n’a rien de « mortifère ». C’est entre parties d'échecs endiablées, nuits d'ivresse, amour et débats passionnés, que sera rédigé “Le manifeste du Parti Communiste”, une œuvre révolutionnaire sans précédent. Mais ce mélange a aussi un défaut. Le film s’en trouve, tour à tour, trop joliment sentimental et trop sèchement discursif.

La reconstitution historique de l’époque est remarquable, sobre. Elle montre bien, non seulement le contexte social de l’industrialisation, mais aussi de ses prolongements. Les acteurs incarnant Marx et Engels sont excellents. Ils incarnent formidablement les deux révolutionnaires en débatteurs rompus à toutes les subtilités de la dialectique, convaincus de leur supériorité, voire même arrogants ! Gourmet dans le rôle de Proudhon est remarquable.

Mais il y a surtout des intuitions, des brillantes analyses portant sur le logiciel du système capitaliste du XIXe siècle qui pourraient s’appliquer, sans en changer un iota, aux sociétés postindustrielles d’aujourd’hui et qui peuvent encore servir. Le temps des iniquités n’est pas révolu, même si elles ont changé de visage et s’engluent dans la fausse démocratie dite sociale qui maintient en place les dominés et les dominants. La négation des classes est un leurre. Le gouffre entre l’oligarchie et le peuple est encore bien là. Les injustices sociales, en progression, n’appartiennent pas au passé.

La droite ne manquera pas de trouver, évidemment, le film poussiéreux et mettra en exergue les dérives des régimes communistes. Elle tente de nos jours de lutter contre le « dégagisme » et l’espoir que suscite une gauche au succès grandissant, bien vite définie d’extrême.

En tout cas, Marx n’est pas qu’un souvenir. Il participe encore à l’émancipation d’une classe cocufiée que le capitalisme endort. Et, je pensais à la belle chanson de Raphaël :

« Et dans 150 ans, on s'en souviendra pas

De ta première ride, de nos mauvais choix

De la vie qui nous baise, de tous ces marchands d'armes

Des types qui votent les lois là-bas au gouvernement

De ce monde qui pousse, de ce monde qui crie

Du temps qui avance, de la mélancolie

La chaleur des baisers et cette pluie qui coule

Et de l'amour blessé et de tout ce qu'on nous roule

Alors souris ».

Non, au simple sourire. On s’en souvient de Marx. Non à ce qui engendre la fatalité. « Le bonheur est dans le combat », dit si justement sa femme.

09:55 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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