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20/10/2017

Le poison du pragmatisme politique

Le pragmatisme politique n’est que le bras du capitalisme pour qui la seule vraie valeur est le profit. A partir de cette conception économique se greffe toute une série d’emplâtres socials destinés à museler toute revendication populaire qui mettrait en danger le système. Niant ou considérant idéologique tout ce qui pourrait empêcher des écarts de richesse, le pragmatisme est en fait une autre forme d’idéologie mieux cachée et plus stratégique pour empêcher l’émancipation des masses populaires. Sous prétexte de valeurs de liberté, de méritocratie, l’idéologie pragmatique met la réalité de la concurrence sur le devant de la scène économique. Plus grave encore, elle incite à la compétitivité non seulement des marchés, mais des personnes entre elles. Ainsi, l’individualisme l’emporte sur la solidarité.

J’ai encore été frappé hier en regardant l’émission politique du jeudi sur FR2. L’invitée était Marine Le Pen. Si son visage avait changé, non seulement par le port de lunettes, mais par une attitude plus douce et un sourire moins agressif et forcé qu’autrefois, le discours restait le même. Face à l’habile Gérald Darmanin, ministre français du budget, il y eu ce moment révélateur. Il lui envoya un « mais vous êtes capitaliste, Madame, sinon dites-le, ce serait un scoop ». Elle ne répondit pas. La messe était dite. Et la suite tourna de nouveau autour du pragmatisme et de la réalité économique. Le ministre avait bien intégré ce que Macron avait répété tout au long de la campagne. Il serait avant tout pragmatique. Il en a fait sa ligne, la marque de son indépendance par rapport à l’approche dogmatique droite/gauche et de sa différence par rapport à la démarche utopique d’un Mélenchon. Macron n’est pas un con. Il est peut-être même honnête et sincère dans une conception qui fait référence à une tradition de pensée née aux États-Unis au tournant du XIXe et du XXe siècle. Celle qui valorise la portée pratique des idées davantage que leur appartenance passée à un arsenal idéologique donné. Le succès a été au rendez-vous. Et pour cause, le peuple étant lassés des résultats médiocres d’une droite et d’une gauche qui ne lui apportaient qu’austérité, chômage et misère.

Congédier tout idéalisme abstrait pour envisager une manière de faire de la politique par rapport à ce qui est faisable ou pas est séduisant. Se libérer des blocs idéologiques de droite et de gauche et prendre la liberté d’y puiser les mesures, les idées qui peuvent fonctionner, voilà qui va marcher. Pour appuyer cette thèse, Macron va plus loin encore. Il s’engageait à « être le président des sans droits, des oubliés, des sans-grade » ! On voit déjà ce qu’il en est et comment est traité celui qui ne « réussit » pas…

Cet exemple français peut facilement être transféré sur ce qui se passe chez nous. Ce discours, avec quelques petites variantes, est celui tenu par tous les partis, à l’exception du PTB. Le pragmatisme est un des grands poisons de la vie sociale et politique actuelles. Les discours de toutes les « élites » politiques, comme Marcourt et Magnette au PS, Nollet et Javeau chez Ecolo, Lutgen et Milquet au CDH, Michel et consorts, pour ne citer que quelques-uns, déclinent, sous diverses étiquettes, cette conception pragmatique de la politique. Tous mettent en avant la libération des énergies, de juger les lois au vu de leur efficacité pratique, de déplacer l’intervention politique du côté de l’expérience des usagers ou de l’expertise de ceux qui disposent d’un savoir sur cette expérience, d’ouverture à la société civile, etc. Tout ce »blabla » est typique d’un système capitaliste qui s’habille de « néo-libéralisme» qui se veut social. Et pourtant, nous le constatons depuis longtemps : allier des mesures libérales à une politique de protection sociale a toujours été un échec.

Mais pourquoi donc, la politique du pragmatisme réussit-elle encore à rallier une majorité d’électeurs ? Parce que probablement,  existe un lien entre la peur de perdre le pouvoir chez « l’élite » et celle de perdre le peu de biens dont jouit encore (mais jusqu’à quand ?) une masse populaire. La majorité des électeurs ne veulent plus de cette politique, mais n’ont pas le courage de la quitter.

« Mon combat est celui qui rendra aussi possible votre combat, sans l’écraser sans nier nos différences, avec tous nos désaccords. Élisez-moi pour mieux me combattre. » lançait Macron à Le Pen lors du débat qui contribua à la perte de la chatelaine. Voilà bien illustré le fléau d’un pragmatisme d’un pouvoir clos ne se jouant qu’entre gens d’argent…

 

09:12 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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