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27/10/2017

Parler de la mort

oneux.jpgLe temps d’Halloween est venu remplacer celui de la Toussaint. Fête folklorique et païenne traditionnelle originaire des Iles Anglos-Celtes, où on se fait peur. On y implique généralement la mort avec ses fantômes, ses maisons hantées, les cimetières, des personnages à tête de citrouille. Cette citrouille qui me fait penser à la superbe chanson de Brel des Marquises : « Ils parlent de la mort, comme tu parles d'un fruit ».

J’ai connu un autre temps, celui d’une génération. Celui où l’on croyait aux ancêtres revivant au ciel. Nous leur rendions hommage en allant fleurir leur tombe après un office religieux qui nous paraissait interminable avec la longue liste des « recommandations » des défunts qui rapportait pas mal au curé. Nous devions accompagner soit mon père et son frère pour l’église d’Oneux ou ma mère, ses sœurs et grand-mère à Chanxhe. Nous préférions accompagner les hommes. Ils ne faisaient qu’accompagner le cortège religieux de l’église au cimetière. Le temps de l’office se passait au petit café en face du clocher qui les rappelait à achever leurs petits pékès blancs et nous les grandes limonades pour le cortège vers le cimetière. A Chanxhe, les femmes étaient plus pieuses ! Mais cette « pénitence » était vite oubliée par la réunion familiale qui en découlait. Nous aimions manger les bonnes tartes au riz, aux fruits avec tous les cousins, tantes et oncles. L’évocation des morts devenait fête. Je n’en avais connu aucun de ma famille jusqu’à l’âge de mes neuf ans. Ma grand-mère paternel, Marie Pasquasy, mourut chez nous. Cela laisse des traces. Ma mère m'avait obligé, en signe d'adieu, de poser une caresse sur un masque blafard de sorcière au grand nez. Le décor macabre du bureau de mon père tapissé de tentures noires et argentées accentuait encore l'angoisse de l'enfant que j’étais. Quelle horreur ! Jamais depuis et jusqu'à aujourd'hui je ne voulus voir et approcher d'autres dépouilles mortelles. La messe de funérailles à Esneux, puis le long cortège des voitures pour rejoindre le caveau familial d'Oneux m'avaient dispensé de l'école. Un jour de congé de plus que les autres, voilà qui comptait ! La tête du curé d'Oneux, sa voix fausse avec sa bouche en forme de son bec –de- lièvre avaient brisé auprès des frères, sœurs, cousins et cousines le sérieux de circonstance. Nous avions eu peine à cacher nos rires, au grand drame de celles et ceux qui ne pardonnent pas aux enfants l'insouciance de la mort. Moins réjouissante la période de deuil "officiel" qui s'en suivit. Plus de musique, plus de cinéma durant, me semble-t-il, un mois. Depuis, c’était surtout le souvenir du curé comique  qui dominait la visite du cimetière à la Toussaint. Une façon de rendre la mort joyeuse !

Les temps ont bien changé. Sans vraie nostalgie, ces souvenirs me reviennent sous le soleil gris et pluvieux du premier novembre. La toussaint avait beau être une fête joyeuse célébrant les grands et petits saints de l’histoire, nous en retenions surtout celui de la fête des morts du lendemain ou succédait directement à la célébration joyeuse  celle très théorique de la tristesse.

Si comme écrivait Cocteau « le vrai tombeau des morts est le cœur des hommes », je regrette parfois l’oubli favorisé par la perte de signes liturgiques, qu’ils soient religieux ou laïques. Les cimetières ne seront bientôt plus que du patrimoine historique. Les chrysanthèmes et pomponettes ne décoreront plus que balcons ou galeries commerçantes. La convivialité des réunions familiales de ce jour se mue en cortège d’enfants en quête de bonbons chez les voisins. C’est bien et j’adhère à cette nouvelle façon de conjurer l’horreur de la mort. Celle qui nous fait tous peur, même en la déguisant. J’ai bien sûr quelques regrets d'un autre temps que les jeunes n’ont pas connu. Et surtout, qui ne voudrait, comme Brel et Gaughin que le temps ne s’immobile comme aux Marquises.? Là où « l'avenir est au hasard, et passent des cocotiers qui écrivent des chants d'amour que les sœurs d'alentour ignorent d'ignorer » et où les pirogues s'en vont, les pirogues s'en viennent et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font. Veux-tu que je dise, gémir n'est pas de mise… »

 

10:37 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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