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12/11/2017

Un PS repositionné ?

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Dans LLB de samedi, Edouard Delruelle, professeur de philosophie politique à l’Université de Liège, ancien directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, qui a également opéré comme « expert » au cabinet de Jean-Claude Marcourt, croit au repositionnement du PS. Après s’être empêtré dans une série de scandales révélés à partir de Publifin, l’intellectuel engagé auprès du PS se réjouit de la mise à la porte de son parti du pouvoir par Lutgen. Ce coup bas de l’ardennais a permis, selon lui, un virage à droite permettant au PS de se repositionner à gauche et de se fixer une ligne politique claire.

Le brillant professeur se lance alors dans une analyse historique pertinente sur la confusion entre la gauche et le socialisme : «  La gauche est libérale, elle défend les libertés individuelles (de pensée, de parole, de disposer de son corps, etc.) contre l’ordre et l’autorité. Elle est aussi progressiste, elle défend les Lumières et l’innovation contre l’archaïsme. Le socialisme, lui, est une protestation contre l’exploitation des travailleurs et la décomposition des liens communautaires « noyés dans les eaux glacées du calcul égoïste » (Marx). La gauche c’est Voltaire (éloge de la liberté et des Lumières), le socialisme c’est Rousseau (critique de l’individualisme et du progrès). L’identification du socialisme à la gauche est tardive : c’est l’œuvre de Jaurès lors de l’Affaire Dreyfus ». Et de poser la question : ces 25 dernières années, le PS (toujours au pouvoir) a-t-il été un parti socialiste ou un parti de gauche ? Et de poursuivre : « Entre 1945 et les années 1980, le PS a été le garant d’un Pacte social qui reposait sur trois piliers : des services publics puissants, un droit du travail qui donne des statuts protecteurs aux travailleurs, et un système complet de sécurité sociale (chômage, santé, pensions). Plus de 40 % du PIB ont ainsi été soustraits à la logique marchande pour être affectés à l’émancipation et au bien-être de tous. À partir des années 1980, le néolibéralisme dénonce ce pacte et relance violemment la course aux profits. Dans une première phase (1990-2010), les socialistes tentent de transiger. Ils préservent la Sécu, en acceptant en contrepartie que les services publics soient privatisés, et le droit du travail, démantelé. Le PS compense alors ces concessions sur le terrain du socialisme en engrangeant de formidables victoires sur le terrain de la gauche : avortement, euthanasie, mariage homosexuel, etc.

Avec les crises de 2008 et 2011, le néolibéralisme est entré dans une nouvelle phase, autoritaire. Il s’attaque au cœur de la sécurité sociale, qu’il compense par des formes ultra-sécuritaires de gouvernementalité. Ce qu’on appelle le « populisme » est en fait une alliance « national-libérale » qui triomphe partout, de Trump à Boris Johnson et Macron, des pays scandinaves à l’Autriche, d’Orban à Kaczynski. Chez nous, le « national-libéralisme » a pris la forme de la coalition MR-NV-A, que Lutgen, en bon opportuniste, rêve d’intégrer. Le Pacte de 45 est mort, et avec lui la social-démocratie telle que nous la connaissons ».

A partir de ce constat, écrit-il, « au lieu de s’accrocher à des lambeaux de pouvoir, le PS doit complètement se réinventer. Il ne peut le faire que comme alternative au néolibéralisme. Condition absolue : retrouver ses fondamentaux : la sécurité sociale, les services publics et le droit du travail. Le conflit capital/travail reste central, même pour aborder les enjeux environnementaux. C’est pourquoi abandonner la lutte des classes serait un contresens politique. Tout comme embrasser de fausses bonnes idées de gauche (mais pas socialistes pour un sou) comme l’allocation universelle… ».

Voilà qui me plait. Et de prêcher alors pour ne plus s’allier avec le MR, mais bien avec Ecolo et le PTB. Oui, mais c’est là que le « penseur en chambre » s’écarte de la réalité politique de son parti. Son souhait risque de devenir un vœu pieux. Le PS est loin de l’alternative proposée. Quand un Magnette place sur podium un Prévot avant Hedebouw et ne cesse de traiter de populiste et de « Y a qu’à » le PTB, il y a de quoi s’interroger. La réalité est bien différente de la bulle de la pensée académique et de celle dans laquelle vivent les apparatchiks du PS.

Si Monsieur Delruelle appelle le PS à se rapprocher des mouvements syndicaux, coopératifs, mutualistes, associatifs, ce n’est pas le cas. Trop tard. Cela n’apparait d’ailleurs comme une stratégie de récupération d’un électorat parti au PTB. La vision socialiste du professeur reste très théorique, coupée, comme son PS, de la réalité de terrain. Le leadership de la gauche n’appartient plus au beau verbe des tribuns parlementaires et aux penseurs nantis de dits défendeurs des travailleurs. Finis les Onkelinx, Mathot, Di Rupo, Magnette et consorts. Ce leadership est aux mains des Hedebouw, Gillot et aux militants qui écoutent la rue et vivent avec des salaires qui ne les coupent pas d’une base ouvrière.

J’adhère bien sûr en très grande partie à l’analyse du professeur. Nous verrons vite si la pratique suivra. Les élections communales seront un test intéressant. Selon moi, les vieux réflexes d’alliance opportunistes du PS reprendront vite le dessus, avec encore des alliances avec le MR. L’habit électoral « prolo » des Dardenne, Demeyer, Mathot, et Cie sera vite troqué pour s’unir à la cravate bleue. La philosophie qui n’est point liée à l’action reste intéressante, mais peu transformatrice des systèmes politiques. La refondation du PS ne pourra se faire qu’à très long terme et pas par un simple chantier d’idées ou un simple congrès doctrinaire.

 

09:32 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |