mik dupont UA-70672535-1

18/11/2017

Le floue des cabinets ministériels

milquet 3.jpgLes accusations sur Joëlle Milquet ont aujourd’hui le mérite de soulever le voile sur le fonctionnement opaque des cabinets ministériels. Sauf pour un petit nombre de spécialistes politiques, les couloirs du pouvoir sont méconnus. Nous ne voyons que les déclarations des ministres sur les médias ou lors de débats au parlement, en ignorant la puissance d’influence des collaborateurs qui les entourent et leur fournissent le prêt à porter aux tribunes et aux diverses instances institutionnelles.

Des arrêtés royaux décrivent assez vaguement leur rôle et leur composition. Ils sont organisés en cellules stratégiques qui « appuient le ministre pour la préparation et l’évaluation de la politique, dans un objectif d’intégration et de coordination optimales de celle-ci au sein du service public » et en secrétariats chargés de « la fonction de soutien politique à l’égard des membres du gouvernement ». Ils sont composés de membres de personnel d’exécution, de collaborateurs de fond et d’experts. Tous sont nommés et démis par la seule décision du ministre qu’ils assistent. La taille des cabinets varie de 50 à 80 collaborateurs tant au fédéral que dans les entités fédérées. Voilà pour la théorie. La pratique est bien différente.

Nous vivons dans un pays complexe. La Belgique est dirigée par des gouvernements de coalitions. Ces coalitions peuvent parfois être larges et regroupent différents partis traditionnels. Lors de la formation du gouvernement, les partis négocient, souvent laborieusement, l’accord gouvernemental de coalition qui énonce les politiques poursuivies. Les acteurs de cette négociation sont principalement les présidents de partis.

En principe, les ministres sont tenus par cet accord. Pour traduire concrètement celui-ci, ils ont l’apport des administrations  sous leur tutelle. Cette administration doit donc suivre la volonté politique. Mais, alors que la fonction publique est en principe neutre, elle est aussi politisée. Si des directions générales ne sont pas de la couleur ministérielle, elle ne se priveront pas de court-circuiter via divers moyens la volonté de leur « patron ». A côté de celle-ci vient se greffer les cabinets ministériels, dont tout le personnel a la couleur du parti du ministre. L’existence des cabinets interfère dans les relations politico-administratives et renforce la politisation de l’administration. Il s’agit bien dans les faits d’une influence politique sur le processus de recrutement et de promotion des fonctionnaires en vue d’imposer une conception de l’action publique et de garantir des relais partisans puissants dans l’administration. C’est ainsi que vous retrouvez bon nombre de fonctionnaires détachés travaillant dans les cabinets, espérant ainsi une promotion à leur sortie de service ministériel. A côté d’eux, travaillent des « experts » venant du secteur privé.

Bref, dans la pratique, les politiques éprouvent une grande méfiance à l’égard de l’administration en raison de sa politisation et ne font confiance qu’à leur cabinet, chargé de la contrôler.

A côté de ce rôle, les cabinets hébergent aussi tout un personnel de parti à reclasser qui ne traitent aucun dossier important et sont là pour la « publicité » du ministre et pour veiller à l’électorat du ministre et du parti.

Le pavé lancé dans la marre par Milquet devrait rouvrir un débat toujours mis au frigo. Notre système politico-administratif peut-il se passer des cabinets ? Leur suppression est-elle possible ? Dans de nombreux pays c’est l’administration qui joue un rôle prépondérant dans l’entourage des ministres. Pourquoi pas en Belgique ? Il faut en tout cas briser le monopole des cabinets sur le processus décisionnel et les priver de toute forme de clientélisme.

21:13 Écrit par mik | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.